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Exemples de Pastiches

Texte original de Balzac

En 1829 , par une jolie matinée de printemps , un homme âgé d' environ cinquante ans suivait à cheval un chemin montagneux qui mène à un gros bourg situé près de la Grande - Chartreuse . Ce bourg est le chef-lieu d' un canton populeux circonscrit par une longue vallée.  Un torrent à lit pierreux souvent à sec, alors rempli par la fonte des neiges arrose cette vallée serrée entre deux montagnes parallèles, que dominent de toutes parts les pics de la Savoie et ceux du Dauphiné.  Quoique les paysages compris entre la chaîne des deux Mauriennes aient un air de famille, le canton à travers lequel cheminait l' étranger présente des mouvements de terrain et des accidents de lumière qu'on chercherait vainement ailleurs.  Tantôt la vallée subitement élargie offre un irrégulier tapis de cette verdure que les constantes irrigations dues aux montagnes entretiennent si fraîche et si douce à l' oeil pendant toutes les saisons.  Tantôt un moulin à scie montre ses humbles constructions pittoresquement placées, sa provision de longs sapins sans écorce, et son cours d' eau pris au torrent et conduit par de grands tuyaux de bois carrément creusés, d'où s'échappe par les fentes une nappe de filets humides .  (Balzac, Le médecin de campagne)

Pastiches
   
En 1980, pendant une chaude journée de l'été tropical, un jeune homme naviguait dans un petit bateau à voile vers San Pedro Ambergris, une petite île touristique au nord du Belize. Cette île est la plus grande de l'archipel belizean. Le ciel était menaçant, avec de gros nuages noirs, percés ici et là par des rayons de lumière éclatants. Une mer turquoise, cristalline, encercle tous ces îlots entourés de mangliers massifs qui se trouvent dans la mer caraïbe entre le Mexico et le Guatemala. Bien que la chaleur infernale des tropiques puisse rendre l'atmosphère très inconfortable, on respirait dans l'air une tranquillité propre à ce paysage. Tantôt la mer donnait l’image d'un désert aquatique, bariolé irrégulièrement avec de subtiles variétés de bleus. Tantôt elle pullulait de banc de poissons: dauphins,   poissons-épées, qui sautaient gaiement  autour du bateau, à mesure que celui-ci coupait la superficie tranquille de l'eau.  (Robinson Ayala, Français 415, automne 2002, reproduit ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.)               
Texte original de Hugo
Les pauvres gens 

                          Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close. 
                       Le logis est plein d'ombre et l'on sent quelque chose 
                              Qui rayonne à travers ce crépuscule obscur. 
                             Des filets de pêcheur sont accrochés au mur. 
                     Au fond, dans l'encoignure où quelque humble vaisselle 
                            Aux planches d'un bahut vaguement étincelle, 
                      On distingue un grand lit aux longs rideaux tombants. 
                          Tout près, un matelas s'étend sur de vieux bancs, 
                          Et cinq petits enfants, nid d'âmes, y sommeillent 
                          La haute cheminée où quelques flammes veillent 
                            Rougit le plafond sombre, et, le front sur le lit, 
                              Une femme à genoux prie, et songe, et pâlit. 
                      C'est la mère. Elle est seule. Et dehors, blanc d'écume, 
                          Au ciel, aux vents, aux rocs, à la nuit, à la brume, 
                                  Le sinistre océan jette son noir sanglot.

 (Victor Hugo, La Légende des siècles)
Pastiches
Les pauvres ours

C'est le matin.  Le chalet est pauvre mais bien confortable.  
La salle est ensoleillée et l'on sent quelque chose
Qui réchauffe à travers les fenêtres poussiéreuses.
Des portraits d'une famille d'ours sont accrochés au mur.
Dans le coin, sur une table reposent trois bols de gruau.
Aux étagères la lumière extérieure étincelle.
On remarque trois lits aux couvertures tricotées.
À côté, des chaussures sont jetées au sol,
Une petite fille aux boucles d'or, dormante et rêveuse
L'horloge carillonne les heures qui passent
Éclairant l'entrée et des voix animées,
Une famille d'ours retourne et s'étonne.
C'est une petite fille.  Elle est couchée.  Et dehors, vert d'été,
Aux arbres, aux oiseaux, aux chants du matin
Les oiseaux chantent leurs meilleures chansons.

(Carrie Burgogne, Français 415, automne 2002, reproduit ici avec l’aimable autorisation de l’auteure.)